Ce 11 septembre 2026, en Floride, à 75 ans, la trompette qui nous montrait l’âme du Konpa s'est tue. André Déjean est parti.
Quelques mois à peine après Dadou Pasquet; un André s'en va, un autre André le suit. Comme si le Konpa fermait ses deux parenthèses dorées. L'un avait écrit « Liberté », l'autre avait écrit Marina pour libérer les vents.
André, ce n'était pas un musicien dans un groupe. C'était un frère dans une fratrie qui a inventé un son.
1963. Près du cimetière de Pétion-Ville. Là où tout finit, cinq frères décident que tout commence. Ils s'appellent Déjean et ils refusent la mode. Partout, le mini-jazz ne garde que guitares et sax. Eux, ils gardent le souffle complet : un sax, une trompette, une trombone. Une formule unique, un tissage sans couture. Le fameux blend de cuivres. On l'entend dans Marina, dans Débaké, dans Naïde - la trompette ne joue pas au-dessus, elle coud.
Trompettiste, tromboniste, arrangeur : il était le tailleur du Konpa. Il prenait un morceau brut et lui faisait un costume de cuivre sur mesure. Pas trop serré, pas trop large. Juste assez pour que le corps puisse danser dedans.
Et quelle danse !
De Haïti (1974) à Bouki ak Malice (1977) jusqu'à L'Univers (1979), cet album enregistré à Queens sous l'Unisphère, ce globe géant construit pour dire « la paix à travers la compréhension». Eux, ils avaient compris. Trois titres pour dire l'Homme : L'Humanité, Conviction, Expérience. Et puis deux prénoms de femme pour ramener le ciel sur terre: Marina et Naïde. C'était ça, Déjean : l'universel et l'intime dans le même souffle.
Jeu de mots du destin : Déjean, c'était déjà des gens. Des gens qui dansent, des gens qui s'aiment, des gens qui se souviennent.
Sa dernière pirouette, il l'a faite avec Nu Look, il y a quelques années. Trois minutes de solo sur Marina. Trois minutes où dans les années 70, il a prouvé que le cuivre ne rouille pas. Il traverse.
Aujourd'hui le cercle s'est ouvert. Sur la pochette de L'Univers, les dix musiciens se tenaient la main autour du globe. Aujourd'hui une main manque. Le cercle est devenu une arche.
Les cuivres de Déjean ne perçaient pas les oreilles, ils chauffaient le cœur. Ils ne brillaient pas pour eux-mêmes, ils faisaient briller les autres.
Aujourd'hui le bal est un peu plus silencieux. La piste de danse a un coin d'ombre.
Mais un son comme le sien ne s'éteint pas. Il reste suspendu dans l'air de toutes les fêtes où nous avons dansé.
Bon voyage, Maestro Déjean. Merci pour le souffle.
Va retrouver Dadou. Finissez-nous cet arrangement là-haut.

